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En Gascogne, Bigorre et Béarn (1644-1646)

Extraits

Publiés par Louis Batcave (Bulletin de Amis de Nay et de la Batbielle - 1983)

"... A ce lieu de Coarâse nous fallut passer le gave sur un pont de bois et de là nous rendismes à BETHARRAM lieu le plus célèbre de dévotion qui soit en tout le Béarn et des Pvrénées de toute la France est aux monts Pvrénées scavoir sur leur commencement et distant de la ville de St-Pé d'une lieue et de deux grandes lieues d' Oloron ville épiscopale. A ses pieds il a le gave béarnois qui y a un canal non fort large mais profond plus qu'une pique n'est haute. En cet endroit se prennent dans cette rivière des saumons et truites en grand nombre de belle grosseur. L'air y est grossier (?) Ce lieu s'appelle Beauram aussi bien que Betharram. Il est saintement effroyable.

A en discourir plus particulièrement, tant ce qui y est desjà que ce qu'on
me dit y faire, ce doibt entre une montagne haute deux fois comme le mont Valérien vers Paris qui sera toute remplie de chapelles et de cellules pour des pélerins. De quels noms elles seront, ce sera principalement de ceux qui peuvent mieux se rapporter au mystère de la Passion, car toute la montagne s'appelant le Calvaire, les chapelles d'icelle seront nommées l'une du jardin des Olives, l'autre de la Flagellation, l'autre du St Sépulchre et ainsi des mots approchans. Dans ces chapelles seront représentées les histoires dont elles portent le nom et ce avec grand artifice pour la sculpture. Sur le sommet est arboré le crucifix et les deux larrons. Pour le présent n'y a que peu de cellules de faites, mais chasque jour il s'en fait de nouvelles et dans une telle proportion que ce que l'on fait par exemple de la main gauche se fait aussi de la main droite et de mesme ligne.

La principale chapelle est au bas de la montagne. Elle est fort petite, a son principal autel fort bien paré et plus d'une quinzaine de lampes pendues, sans comprendre les belles pièces qui sont dans le thrésor.

Une douzaine de prêtres qui vivent en commun et de leur peine ne peuvent prétendre autre chose. On les appelle Pères de la Mission, qui est une des compagnies de ces sortes de pères introduits de nos jours : iceux ont pour chef un nommé M. Charpentier qui a encore un autre lieu de dévotion vers Paris, savoir le Mont Valérien qui a encore quelque chose s'approchant de Bétharram. Ces pères pratiquent entre autres cette dévotion que de jouer des horgues à chasque fois qu'on communie. Et tous les samedis s'il fait beau temps sur les quatre heures du soir, ils vont en procession au plus haut de la montagne faisans diverses stations aux diverses chapelles et preschent en langage vulgaire à plus de mille et quinze cents personnes. Or iceux ne servent pas icy seulement l'église, mais encore avec charité reçoivent les pélerins, les logeans dans un grand bastiment qui est destiné pour iceux, là où on est bien, tant pour les vivres que pour le service qu'on vous rend et le soin mesme qu'on prend de vos montures pour lesquelles y a une grande escurie. Au reste cette dévotion s'est introduite soubs le feu evesque de Lescar dans le diocèse duquel est Bétharram, c'est-à-dire qu'il n'y a pas plus de vingt ou vingt-cinq ans qu'elle a commencé. Son progrès est grand. M. de Marca fait l'histoire de ce lieu. Et les ouvriers finissent par advouer qu' ils voyent sous les charniers Sts Innocens la figure de Betharram que j'y ay veu rendre fort fréquemment.

...Dans une autre moindre figure de ce livre y a un passage d'Isaye qui me semble trop beau pour entre icy obmis : « Il y aura aux derniers jours un mont préparé pour la maison du Seigneur au sommet des montagnes, il sera eslevé par dessus les collines et y viendront et affluerons de toutes sortes de nation... "

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